La règle du 4 % : méthode et limites au Canada
1. Ce que les études historiques mesurent
Bengen (1994) étudie des retraits ajustés à l’inflation à partir de portefeuilles américains. Le résultat souvent résumé par « 4 % sur 30 ans » dépend de ses données et de ses hypothèses, pas d’une garantie future.
L’étude Trinity de 1998 examine plusieurs allocations et horizons de 15 à 30 ans avec des données américaines de 1926 à 1995. Elle distingue retraits nominaux et ajustés à l’inflation et n’intègre pas les impôts ni les coûts de transaction.
Un taux de succès historique compte des périodes passées où le portefeuille termine au-dessus de zéro. Ce n’est pas une probabilité personnelle de réussite, ni la promesse de conserver le capital initial.
2. La mécanique : un montant initial, puis l’inflation
Dans la version classique, un portefeuille initial hypothétique de 1 000 000 $ donne un premier retrait de 40 000 $. Avec une inflation hypothétique de 2 %, le retrait suivant devient 40 800 $. Le pourcentage du solde courant peut alors être différent de 4 %.
La formule de départ est capital illustratif = retrait annuel initial ÷ taux initial. Ce retrait n’est pas nécessairement le budget net disponible après impôt.
| Retrait initial hypothétique | Calcul à 4 % | Capital illustratif |
|---|---|---|
| 30 000 $ | 30 000 ÷ 0,04 | 750 000 $ |
| 40 000 $ | 40 000 ÷ 0,04 | 1 000 000 $ |
| 60 000 $ | 60 000 ÷ 0,04 | 1 500 000 $ |
Arithmétique seulement : aucune durée de survie, fiscalité ou allocation n’est démontrée par ce tableau.
3. Au Canada : utiliser les pensions individuelles, pas les maximums
Estime le RPC ou le RRQ selon ton historique de cotisation, puis la SV selon ton admissibilité. Ne compte pas deux pensions maximales RPC et RRQ pour une même carrière : les régimes coordonnent les droits. Le revenu personnel peut être inférieur aux maximums publiés.
| Repère officiel revérifié le 19 octobre 2026 | Montant mensuel maximal publié | Période et limite |
|---|---|---|
| RPC à 65 ans | 1 507,65 $ | Pension débutant en janvier 2026; la bonification fait évoluer les nouveaux maximums mensuels. |
| RRQ à 65 ans | 1 507,65 $ | Maximum publié au 1er janvier 2026, régime supplémentaire inclus. |
| SV, 65 à 74 ans | 762,50 $ | Octobre à décembre 2026; pension complète maximale, admissibilité et revenu à vérifier. |
Le montant de SV est revu chaque trimestre : multiplier le taux d’octobre par 12 ne donne pas un versement annuel assuré. Pour la récupération de juillet 2026 à juin 2027, le seuil de départ est de 93 454 $ de revenu net mondial de 2025, pas un seuil unique applicable à toutes les années.
L’âge de début compte aussi : le RPC peut commencer de 60 à 70 ans; la bonification du report du RRQ cesse à 72 ans. Il faut modéliser les dates réellement choisies plutôt que supposer que tous les revenus commencent à 65 ans.
4. Séparer le budget net et les retraits bruts
- REER/FERR : les retraits sont généralement imposables. À la fin de l’année des 71 ans, les options du REER comprennent le retrait, le transfert en FERR ou l’achat d’une rente. Un FERR a ensuite des minimums de retrait; le FERR n’est pas l’unique option.
- CELI : les retraits sont généralement libres d’impôt et n’affectent pas les prestations fédérales fondées sur le revenu. Les droits de cotisation sont personnels : admissibilité, résidence, cotisations et retraits antérieurs comptent; un cumul national n’est pas ton plafond individuel.
- Non enregistré : une vente peut mêler récupération du capital investi et gain ou perte. Le traitement dépend du revenu et de l’opération; tout le retrait n’est pas automatiquement un revenu imposable.
Il n’existe donc pas de majoration universelle de 10 % ou 15 % pour transformer les dépenses nettes en retraits bruts. Les autres revenus, crédits, prestations, province et situation familiale modifient le calcul.
5. Un exemple de besoin, pas une cible personnelle
Hypothèse purement pédagogique : à une date donnée, le budget net est de 40 000 $ et les autres revenus nets sont supposés être de 15 000 $. Le portefeuille doit alors fournir 25 000 $ nets. Ces 15 000 $ ne sont ni une pension moyenne ni un droit annoncé.
- Le besoin net est 40 000 − 15 000 = 25 000 $.
- Pour convertir ce besoin en retrait brut, il faut préciser les comptes et les impôts. Si, par hypothèse seulement, les retraits ne génèrent aucun impôt, 25 000 ÷ 0,04 donne 625 000 $.
- Ce montant n’est pas une cible de retraite validée. Avant le début des autres revenus, le besoin peut être différent; il faut une projection année par année.
Ajouter simplement cinq budgets à un capital calculé pour une date ultérieure ignore les rendements, l’inflation, les impôts et l’évolution du solde. Un « pont » de retraite doit être modélisé comme une suite de flux, pas comme une certitude obtenue en une addition.
6. Tester les limites avant de choisir un taux
- Durée et longévité : un scénario de 30 ans ne valide pas automatiquement 50 ans de retraits.
- Séquence des rendements : des pertes précoces et des retraits simultanés peuvent réduire les actifs disponibles pour une reprise; le rendement moyen ne suffit pas.
- Frais et fiscalité : ils réduisent les ressources, mais « 1 % de frais = exactement 1 point de taux soutenable en moins » n’est pas une identité générale.
- Inflation et dépenses : il faut distinguer dépenses essentielles, variables et imprévues. Réduire un retrait change le scénario; cela ne garantit pas sa réussite.
- Marchés et devise : une étude américaine historique n’est pas une validation d’un portefeuille canadien actuel.
Comparer 3 %, 4 % ou un autre taux est une analyse de sensibilité, pas une recommandation par âge. Aucun taux plus faible ne garantit à lui seul un capital perpétuel. Notre calculatrice FIRE détaillée permet d’explorer des hypothèses, sans remplacer une planification fiscale et financière individuelle.
Calcul arithmétique du capital
Un taux saisi est une hypothèse, pas un taux recommandé. Aucun rendement, impôt, frais ni pension n’est simulé.
Repère théorique seulement — aucun montant requis ni revenu soutenable n’est établi.
Questions fréquentes
La règle du 4 % inclut-elle les pensions publiques ?
Non. Il faut estimer séparément le RPC ou le RRQ et la SV, leur date de début, leur fiscalité et les autres revenus. Ne compte pas deux pensions maximales RPC et RRQ pour la même carrière. Le besoin du portefeuille peut changer d’une année à l’autre.
Le retrait de 4 % est-il un revenu net d’impôt ?
Non. Le montant prélevé dans le portefeuille n’est pas nécessairement disponible en entier pour les dépenses. L’impôt dépend notamment du compte, des autres revenus et de la province; il n’existe pas de conversion brute-nette universelle.
Est-ce 4 % du solde chaque année ?
Non. La version classique part de 4 % du portefeuille initial, puis ajuste ce montant en dollars à l’inflation. Un pourcentage du solde courant constitue une autre méthode : le revenu peut fortement baisser et ne garantit ni un revenu minimal ni la préservation du capital.
Quel taux convient à une retraite de 50 ans ?
Ces articles ne déterminent aucun taux personnel. Il faut tester la durée, les rendements, l’inflation, les frais, les impôts et les ajustements de dépenses. Le résultat d’une étude historique ne prouve pas la viabilité future d’un taux au Canada.
Sources et portée de la révision
- Bengen (1994) — recherche originale (PDF)
- Cooley, Hubbard et Walz (1998) — étude Trinity
- Service Canada — montants mensuels du RPC
- Retraite Québec — montants du RRQ
- Service Canada — montants de la SV
- Service Canada — périodes de récupération de la SV
- ARC — fonctionnement du CELI
- ARC — droits de cotisation personnels
- ARC — options du REER à 71 ans
- Service Canada — coordination RPC–RRQ
Relecture complète et sources consultées le 19 octobre 2026. Les études sont historiques; les montants de prestations ne valent que pour les périodes indiquées. Vérifie les données courantes et ton dossier individuel avant toute décision.