Fiscalité

REER de conjoint au Canada — Guide complet 2026

Publié le 17 juin 2026 · 13 min de lecture · Par · Mis à jour le 20 juin 2026

Le REER de conjoint est l'un des rares outils fiscaux canadiens qui permettent à deux personnes de planifier ensemble leur revenu de retraite — et potentiellement de réduire leur facture d'impôt combinée de façon significative. Pourtant, la règle des trois ans et quelques idées reçues font que beaucoup de couples passent à côté de cet avantage.

Ce guide explique comment fonctionne le REER de conjoint, qui cotise, qui retire, la règle d'attribution, et dans quelles situations il est particulièrement utile — ou moins nécessaire depuis l'arrivée du fractionnement du revenu de pension à 65 ans.

En bref — REER de conjoint 2026 : règle des 3 ans, fractionnement du revenu à la retraite, droits de cotisation du cotisant et quand ça vaut vraiment la peine.

1. Qu'est-ce qu'un REER de conjoint ?

Un REER de conjoint (ou spousal RRSP en anglais) est un REER dont le titulaire (rentier) est le conjoint ou conjoint de fait, mais dont les cotisations sont versées par l'autre partenaire (le cotisant).

Points fondamentaux à comprendre :

Ce mécanisme est légal et explicitement prévu par la Loi de l'impôt sur le revenu fédérale. Il s'applique aux couples mariés et aux conjoints de fait reconnus.

ÉlémentMontant
Droits REER totaux d'Alex pour 202620 000 $
Versé dans le REER de conjoint de Jordan10 000 $
Droits restants dans le REER personnel d'Alex10 000 $
Déduction totale réclamée par Alex sur sa propre déclaration20 000 $

2. Comment les cotisations fonctionnent-elles ?

Le cotisant utilise ses propres droits de cotisation REER pour alimenter le REER de son conjoint. Chaque dollar cotisé dans le REER du conjoint réduit d'autant les droits disponibles pour le REER personnel du cotisant.

Exemple concret :

Le plafond REER pour 2026 est de 18 % du revenu gagné de l'année précédente, jusqu'à un maximum de 33 810 $. Il est possible de diviser cette enveloppe entre son propre REER et celui du conjoint de n'importe quelle façon — 100/0, 50/50, ou toute autre proportion.

Le cotisant peut continuer à verser des fonds dans le REER de son conjoint jusqu'à l'année civile où le conjoint rentier atteint 71 ans, même si le cotisant lui-même a déjà converti son propre REER en FERR.

Année de cotisationPas de retrait avant
20241er janvier 2027
20251er janvier 2028
20261er janvier 2029

3. La règle d'attribution de 3 ans — l'essentiel

C'est la règle la plus importante à comprendre pour éviter une mauvaise surprise fiscale. Voici comment elle fonctionne :

Si le rentier effectue un retrait du REER de conjoint, et que le cotisant a versé des fonds dans ce REER (ou dans tout autre REER de conjoint auprès du même rentier) au cours de l'année civile du retrait ou des deux années civiles précédentes, le montant retiré — jusqu'à concurrence des cotisations versées sur cette période — est réattribué au cotisant et imposé dans sa déclaration.

En pratique :

La règle s'applique même si les sommes retirées n'ont pas été investies au même endroit que les cotisations récentes — c'est la date de la dernière cotisation dans tout REER de conjoint au nom du même rentier qui compte.

Ce que la règle ne fait pas : elle ne s'applique pas après l'expiration du délai. Une fois les trois années civiles écoulées depuis la dernière cotisation, tous les retraits futurs sont imposés chez le rentier, peu importe la source des fonds dans le REER.

4. Pourquoi ouvrir un REER de conjoint ? Le fractionnement du revenu

L'objectif principal est le fractionnement du revenu à la retraite. Au Canada, l'impôt est calculé individuellement. Si un partenaire retire 80 000 $ d'un FERR pendant que l'autre n'a aucun revenu imposable, le premier paiera un taux marginal élevé. Si chaque partenaire retire 40 000 $, le taux marginal combiné est bien inférieur.

Le REER de conjoint permet d'équilibrer les soldes REER/FERR entre deux partenaires dès les années de travail, plutôt que de tenter de corriger un déséquilibre une fois à la retraite.

ScénarioRevenu imposable AlexRevenu imposable JordanImpôt total estimé*
Sans REER conjoint80 000 $0 $Élevé
Avec REER conjoint40 000 $40 000 $Réduit significativement

* Estimation illustrative. Le montant réel dépend du taux marginal provincial, des crédits et des déductions applicables. Consultez un fiscaliste.

5. Qui cotise vs qui retire

La confusion la plus fréquente : le cotisant ne retire jamais du REER de conjoint. Seul le rentier peut effectuer des retraits. En résumé :

Cette distinction est aussi importante en cas de séparation ou de divorce : les fonds appartiennent au rentier. Un accord de séparation ou un jugement de tribunal peut prévoir le partage, mais sans cela, le rentier conserve les actifs.

6. Quand le REER de conjoint est-il le plus utile ?

Le REER de conjoint brille dans ces situations :

Le fractionnement seul peut suffire

  • Les deux partenaires ont déjà des revenus de retraite similaires (deux régimes PD, par exemple) — le REER de conjoint apporterait peu d'avantage marginal
  • Vous avez 65 ans ou plus et le revenu est un revenu de pension admissible
  • Fractionner jusqu'au plafond de 50 % du revenu admissible couvre votre situation

Le REER de conjoint garde toute son utilité

  • Il y a un déséquilibre marqué entre les revenus des partenaires
  • Le fractionnement n'est disponible qu'à 65 ans ou plus (sauf certaines rentes) — le REER de conjoint permet des retraits fractionnés dès la retraite anticipée
  • Vous devez transférer plus que le plafond de 50 % permis par le fractionnement
  • Le revenu provient de retraits d'un REER avant conversion en FERR, qui ne sont pas admissibles au fractionnement du revenu de pension

7. Le fractionnement du revenu de pension à 65 ans : est-ce que ça remplace le REER de conjoint ?

Depuis 2007, les revenus de pension admissibles peuvent être fractionnés entre conjoints jusqu'à concurrence de 50 % dans la déclaration de revenus — sans transfert réel d'argent. Les retraits d'un FERR après 65 ans sont des revenus de pension admissibles au fédéral.

Cette règle simplifie la planification pour certains couples, mais elle ne remplace pas entièrement le REER de conjoint pour plusieurs raisons :

Pour les couples dont les deux partenaires ont des revenus de retraite similaires (deux régimes PD, par exemple), le REER de conjoint apportera peu d'avantage marginal. Pour les couples avec un déséquilibre marqué, il demeure un outil puissant.

8. REER de conjoint et planification successorale

Comme tout REER, le REER de conjoint peut désigner le cotisant comme bénéficiaire (ou vice-versa). En cas de décès du rentier, les fonds peuvent être transférés en franchise d'impôt au REER ou au FERR du cotisant survivant si celui-ci est désigné comme bénéficiaire ou héritier légal.

Si le cotisant décède en premier, les cotisations accumulées dans le REER de conjoint appartiennent toujours au rentier — elles ne retournent pas dans la succession du cotisant.

Pour optimiser la planification successorale, consultez un notaire ou un planificateur financier, en particulier si la situation familiale est complexe (enfants de lits différents, fiducies, etc.).

9. REER de conjoint vs REER individuel : tableau récapitulatif

CritèreREER personnelREER de conjoint
CotisantTitulaire du compteL'autre partenaire
Déduction fiscaleChez le cotisantChez le cotisant
Revenu au retraitChez le cotisantChez le rentier (conjoint)
Propriétaire du compteLe cotisantLe conjoint rentier
Droits utilisésDroits du cotisantDroits du cotisant
Règle d'attributionNon applicable3 ans civils
Date limite cotisation71 ans du cotisant71 ans du rentier

10. FAQ : REER de conjoint 2026

Puis-je cotiser au REER de mon conjoint après mes 71 ans ?

Oui. Si tu as converti ton propre REER en FERR à 71 ans mais que ton conjoint est plus jeune, tu peux continuer à cotiser dans son REER jusqu'à l'année civile où lui atteint 71 ans — à condition d'avoir encore des droits REER disponibles (par exemple, provenant de revenus gagnés).

La règle des 3 ans s'applique-t-elle aux retraits forcés (FERR) ?

Non. Une fois que le REER de conjoint est converti en FERR, les retraits minimums annuels obligatoires du FERR ne sont jamais soumis à la règle d'attribution — ils sont toujours imposés chez le rentier. Seuls les retraits excédentaires du FERR peuvent être assujettis à la règle si les cotisations récentes le déclenchent.

Que se passe-t-il si nous nous séparons ?

Le REER de conjoint appartient légalement au rentier. En cas de séparation, les fonds peuvent faire l'objet d'un partage aux termes d'une ordonnance de tribunal ou d'un accord de séparation homologué. Consultez un avocat spécialisé en droit de la famille.

Peut-on ouvrir plusieurs REER de conjoint ?

Oui, il est possible d'en avoir plusieurs chez différentes institutions. La règle des 3 ans s'applique à l'ensemble des REER de conjoint dont le même rentier est titulaire — pas individuellement par compte.

Conclusion

Le REER de conjoint est un outil de planification fiscale à long terme dont l'efficacité repose sur la patience : il faut respecter la règle des 3 ans et commencer tôt pour que l'équilibre des comptes soit en place bien avant la retraite. Pour les couples où l'un des partenaires a un revenu ou une pension significativement plus élevé, l'économie d'impôt à la retraite peut représenter des dizaines de milliers de dollars sur la durée.

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Sources : Agence du revenu du Canada (ARC), Loi de l'impôt sur le revenu (L.R.C. 1985, ch. 1 (5e suppl.)), bulletins d'interprétation IT-124R6, communiqués Finances Canada 2026.

Sources et références

Contenu à titre éducatif. Chiffres et règles vérifiés auprès des sources officielles ci-dessus; les montants fiscaux changent chaque année.