Le temps dans le marche bat le timing du marche
L'effet dévastateur de rater les meilleures journées
Des données historiques sur les marchés boursiers mondiaux montrent un phénomène bien documenté : une poignée de journées exceptionnelles compte pour une part disproportionnée des gains à long terme. Selon des analyses publiées par J.P. Morgan Asset Management sur le marché américain, un investisseur qui aurait manqué les 10 meilleures journées sur une période d'environ 20 ans aurait pu obtenir un rendement environ deux fois moins élevé qu'un investisseur resté pleinement investi pendant toute la période. Ces chiffres sont illustratifs — les résultats varient selon la période et l'indice choisi — mais la leçon reste cohérente sur l'ensemble des marchés développés : quelques journées hors normes font une immense différence.
Pourquoi les meilleures journées surviennent après les pires
Voici le paradoxe cruel du market timing : les meilleures journées boursières se concentrent souvent juste après les pires. Lors de la crise financière de 2008-2009 et de l'effondrement pandémique de mars 2020, certaines des plus fortes remontées journalières se sont produites dans les semaines suivant les plus fortes baisses. Un investisseur qui aurait vendu en panique pour limiter les pertes se serait retrouvé hors du marché exactement au moment où la reprise s'enclenchait. En vendant, on cristallise une perte sur papier en perte réelle — et on risque de rater le rebond qui la compense.
| Camille (restée investie) | François (a vendu en panique) | |
|---|---|---|
| Investissement initial | 10 000 $ dans un fonds indiciel diversifié, janvier 2004 | 10 000 $ dans un fonds indiciel diversifié, janvier 2004 |
| Comportement pendant les crises (2008-2009, 2018, 2020) | Aucun changement; dividendes réinvestis | A vendu à chaque signal de panique |
| Résultat par rapport à l'autre investisseur | Référence (valeur finale du portefeuille plus élevée) | A raté environ les 10 meilleures journées boursières; écart d'environ 50 % à 70 % du capital final vs Camille |
Exemple hypothétique et éducatif seulement — ne garantit aucun rendement réel.
Exemple illustratif : deux investisseurs, deux comportements
Imaginons deux investisseurs fictifs, Camille et François, qui placent chacun 10 000 $ dans un fonds indiciel diversifié en janvier 2004 (exemple hypothétique à des fins éducatives uniquement) :
- Camille reste investie vingt ans, réinvestit ses dividendes et n'effectue aucun changement lors des crises de 2008-2009, de la correction de 2018 ou de l'effondrement de 2020.
- François vend à chaque signal de panique et rate, par inadvertance, une dizaine des meilleures journées boursières sur la période.
Sans inventer de chiffres précis — les rendements réels dépendent de l'indice, des frais et des dates exactes — les études académiques et les rapports sectoriels convergent : l'écart entre Camille et François serait très significatif, potentiellement de l'ordre de 50 % à 70 % du capital final, simplement à cause de quelques journées manquées. L'rendement historique S&P 500 illustre bien cet effet de compoundage sur le long terme.
Achat périodique automatique (dollar-cost averaging)
- Cotiser un montant fixe chaque mois, peu importe le niveau du marché
- Quand les marchés baissent, tu achètes plus de parts pour le même dollar
- Quand les marchés montent, tu achètes moins de parts
- Lisse ton prix de revient sur le long terme et t'oblige à rester discipliné
Rééquilibrage annuel
- Une fois par an, ramène ton portefeuille à l'allocation cible (ex. 80 % actions / 20 % obligations)
- C'est tout — pas besoin de prévoir les crises
- Élimine la décision humaine de l'équation plutôt que d'essayer de prédire le marché
La stratégie qui contourne le problème du timing consiste à éliminer la décision humaine de l'équation, pas à prédire le marché.
La solution : cotisations automatiques et rééquilibrage passif
La stratégie qui contourne le problème du timing n'est pas de prédire le marché — c'est d'éliminer la décision humaine de l'équation. Deux outils simples y contribuent :
- L'achat périodique automatique (dollar-cost averaging) : cotiser un montant fixe chaque mois, peu importe le niveau du marché. Quand les marchés baissent, tu achètes plus de parts pour le même dollar. Sur le long terme, ce mécanisme lisse ton prix de revient et t'oblige à rester discipliné.
- Le rééquilibrage annuel : une fois par an, ramène ton portefeuille à l'allocation cible (ex. 80 % actions / 20 % obligations). C'est tout. Pas besoin de prévoir les crises.
Les organismes canadiens d'éducation financière rappellent que la diversification et la régularité des cotisations sont des piliers d'une saine gestion du risque pour l'épargnant autonome.
Ce que la psychologie explique — et comment s'en protéger
La finance comportementale a un nom pour cette tendance à vendre au mauvais moment : l'aversion aux pertes. Nos cerveaux ressentent une perte deux fois plus intensément qu'un gain équivalent, ce qui pousse à agir — même quand l'inaction est la meilleure décision. Les stratégies pour s'en prémunir sont simples :
- Automatise tes virements vers ton CELI ou ton REER dès le jour de paie.
- Évite de consulter ton portefeuille tous les jours pendant une correction.
- Rappelle-toi que les marchés ont toujours fini par se rétablir après chaque récession historique (même si rien ne garantit que ce sera toujours le cas à l'avenir).
- Discute de ta tolérance au risque avec un professionnel inscrit avant d'établir ton allocation d'actifs.
Vanguard Canada note que l'une des plus grandes valeurs ajoutées d'un conseiller est comportementale : t'aider à ne pas paniquer quand les marchés chutent. Si tu investis seul, un plan écrit avec une politique de placement personnelle joue ce rôle.
Questions fréquentes
Est-ce que le market timing fonctionne parfois ?
Oui, en theorie et de facon anecdotique. Mais des decennies de recherche montrent que tres peu de gestionnaires actifs surpassent leur indice de reference de facon constante apres frais. Pour un investisseur particulier, les couts de transaction, les impots sur les gains en capital et les erreurs de jugement rendent le timing encore plus difficile a rentabiliser.
Et si je vends juste avant un krach majeur ?
Tu pourrais epargner des pertes a court terme, mais tu te retrouves face a une deuxieme decision tout aussi difficile : quand racheter ? Rater la premiere semaine de reprise peut effacer une bonne partie du benefice d'avoir vendu. La regularite bat generalement la perspicacite.
Les cotisations automatiques fonctionnent-elles dans un CELI ou un REER ?
Absolument. C'est meme l'environnement ideal : les gains et dividendes reinvestis dans un CELI croissent a l'abri de l'impot, et dans un REER, la deduction fiscale initiale amplifie l'effet de compoundage. La plupart des courtiers canadiens permettent de programmer des achats automatiques de FNB ou de fonds communs.
Qu'est-ce que je devrais faire si les marches chutent de 30 % ?
Rien de precipite. Si ton allocation d'actifs correspond a ta tolerance au risque reelle, une baisse de 30 % est douloureuse mais supportable. Si tu ne peux pas dormir, c'est le signe que ton portefeuille est peut-etre trop risque pour toi — et c'est une conversation a avoir avec un conseiller inscrit auprès des autorités provinciales en valeurs mobilières, pas une raison de vendre dans la panique.
Sources et références
- Vanguard Canada
- Autorités canadiennes en valeurs mobilières — information aux investisseurs
- J.P. Morgan Asset Management - Guide to the Markets
- Banque du Canada - Education financiere
Contenu éducatif ; vérifie les chiffres auprès des sources officielles avant d'agir.