Valeur vs croissance : quel style de placement te convient?
Qu'est-ce que le placement valeur?
Un titre de valeur se vend à un prix jugé bas par rapport à ses fondamentaux : bénéfices, valeur comptable, flux de trésorerie ou dividendes. L'investisseur valeur cherche des sociétés que le marché sous-estime — parfois parce qu'elles évoluent dans un secteur peu populaire (finance, énergie, industrie), parfois parce qu'elles traversent une mauvaise passe temporaire. Le ratio cours/bénéfice (C/B) est l'indicateur le plus utilisé : un C/B de 10 signifie que tu paies 10 $ pour chaque dollar de bénéfice annuel. Les titres valeur ont souvent un C/B inférieur à la moyenne du marché et versent régulièrement des dividendes. C'est le style popularisé par Benjamin Graham et rendu célèbre par Warren Buffett : acheter un dollar de valeur pour cinquante cents.
| Trait | Titres valeur | Titres croissance |
|---|---|---|
| C/B typique | Inférieur à la moyenne, environ 10x | Prime élevée — 30x, 50x ou plus |
| Politique de dividendes | Versent souvent des dividendes réguliers | Réinvestissent les bénéfices plutôt que de verser des dividendes |
| Secteurs courants | Finance, énergie, industrie | Plateformes numériques, semi-conducteurs, logiciels en nuage |
Qu'est-ce que le placement croissance?
Un titre de croissance, à l'opposé, appartient à une société dont on s'attend à ce que les revenus ou les bénéfices augmentent bien plus vite que la moyenne. Les investisseurs acceptent de payer une prime élevée — un C/B de 30, 50, voire davantage — parce qu'ils anticipent que les profits futurs justifieront ce prix. Ces entreprises réinvestissent la quasi-totalité de leurs bénéfices dans leur expansion plutôt que de les redistribuer en dividendes. Le secteur technologique est l'archétype du placement croissance : pense aux grandes plateformes numériques, aux entreprises de semi-conducteurs ou de logiciels en nuage. Le pari est simple : si la croissance se matérialise, le cours d'aujourd'hui paraîtra bon marché demain.
| Période | Style en tête | Ce qui se passait |
|---|---|---|
| 2000–2007 | Valeur | La valeur a largement dominé |
| 2007–2021 | Croissance | La croissance a pris le dessus |
| Depuis 2022 | Valeur | La remontée des taux a redonné de l'avance à la valeur |
Comment ces styles performent selon les cycles économiques
L'histoire montre que valeur et croissance alternent en tête selon les conditions de marché.
- Taux d'intérêt élevés : la valeur tend à surperformer. Quand les taux montent, les bénéfices futurs lointains — sur lesquels reposent les titres croissance — valent moins en dollars d'aujourd'hui. Les titres valeur, déjà peu chers et souvent générateurs de liquidités immédiates, souffrent moins.
- Taux bas et expansion économique : la croissance brille. Les années 2010, avec des taux proches de zéro, ont été une décennie dorée pour la technologie. Le financement bon marché a propulsé les sociétés en forte croissance.
- Récessions et reprises : la valeur a historiquement mieux résisté lors des baisses, mais la reprise rapide post-COVID de 2020 a plutôt avantagé la croissance, rappelant que les schémas passés ne se répètent pas mécaniquement.
De 2000 à 2007, la valeur a largement dominé. De 2007 à 2021, la croissance a pris le dessus. Depuis 2022, la remontée des taux a redonné de l'avance à la valeur. Personne ne prédit ces retournements à l'avance avec fiabilité.
La prime persiste
- Fama et French ont documenté dès 1992 que les titres valeur ont historiquement produit un rendement supérieur sur de longues périodes
- Les titres valeur sont souvent des sociétés en difficulté — certains estiment que le rendement supérieur compense ce risque réel
La prime s'est estompée
- Elle peut disparaître pendant de longues périodes — la décennie 2010 en est la preuve
- Certains chercheurs soutiennent qu'elle s'est largement résorbée depuis qu'elle est bien connue et exploitée par les investisseurs
Le débat sur la « prime de valeur »
Les économistes Eugene Fama et Kenneth French ont documenté dès 1992 que les titres valeur ont historiquement produit un rendement supérieur sur de longues périodes — ce qu'on appelle la prime de valeur. Leur modèle à trois facteurs est devenu une référence en finance académique. Mais la prime de valeur est loin d'être garantie :
- Elle peut disparaître pendant de longues périodes (la décennie 2010 en est la preuve).
- Certains chercheurs soutiennent qu'elle s'est largement résorbée depuis qu'elle est bien connue et exploitée par les investisseurs.
- D'autres estiment qu'elle compense un risque réel : les titres valeur sont souvent des sociétés en difficulté, et leur rendement supérieur est une récompense pour avoir accepté ce risque supplémentaire.
Le débat n'est pas tranché. Ce que l'on peut dire avec confiance : tenter de synchroniser les rotations entre valeur et croissance est extrêmement difficile, même pour les professionnels.
Pourquoi la plupart des investisseurs n'ont pas à choisir
Voici la bonne nouvelle : si tu détiens un fonds indiciel large — par exemple un fonds qui réplique l'indice S&P/TSX Composé, le S&P 500 américain ou un indice mondial comme le MSCI ACWI — tu possèdes automatiquement des titres valeur et des titres croissance. Ces indices sont pondérés par la capitalisation boursière et n'excluent aucun style. Quand la valeur surperforme, ton fonds en profite; quand c'est la croissance, idem. Tu n'as pas à prédire les cycles ni à gérer deux fonds distincts. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'investissement passif, à faible coût, convient à la grande majorité des épargnants canadiens — et c'est ce que des institutions comme Vanguard Canada défendent depuis des décennies. Si tu veux quand même une exposition accentuée à l'un ou l'autre style, des fonds indiciels spécialisés (FNB valeur ou FNB croissance) existent, mais ils ajoutent une couche de complexité et de risque de sélection que beaucoup d'investisseurs n'ont pas besoin de prendre.
Questions fréquentes
La stratégie de Warren Buffett est-elle du placement valeur pur?
En grande partie oui — Buffett s'est formé auprès de Benjamin Graham, le père de l'analyse fondamentale valeur. Avec le temps, il a évolué vers ce qu'il appelle acheter de 'merveilleuses entreprises à un prix raisonnable' plutôt que de 'médiocres entreprises à un prix remarquable', ce qui introduit une dimension qualité/croissance. Son style est donc une hybridation, mais les bases sont valeur.
Les FNB sectoriels (technologie, énergie) sont-ils des paris valeur ou croissance?
Généralement, un FNB technologique est exposé à la croissance et un FNB énergie ou financier à la valeur, mais ce n'est pas absolu. Certaines sociétés énergétiques affichent une forte croissance, et certains titres tech peuvent être bon marché. Les FNB sectoriels ajoutent surtout un risque de concentration sectorielle.
Pourquoi les titres croissance chutent-ils plus en période de hausse des taux?
Leur valeur repose largement sur des bénéfices anticipés dans un futur lointain. En finance, ces flux futurs sont actualisés au taux d'intérêt en vigueur : plus le taux est élevé, moins ces bénéfices futurs valent aujourd'hui. Un titre dont 80 % de la valeur provient de bénéfices attendus dans 10 ans est donc très sensible aux taux.
Est-ce que je dois rééquilibrer entre valeur et croissance dans mon portefeuille?
Si tu détiens un fonds indiciel large, ce rééquilibrage se fait automatiquement — le fonds ajuste ses pondérations au fil du temps. Si tu as choisi des FNB style spécifique, un rééquilibrage annuel selon ta répartition cible est une bonne pratique, mais cela entraîne des frais de transaction et des implications fiscales à considérer.
Sources et références
- Autorités canadiennes en valeurs mobilières — information aux investisseurs
- Vanguard Canada
- MSCI — Factor Investing
- S&P Dow Jones Indices — S&P 500 Growth & Value
- Morningstar Canada
Contenu éducatif ; vérifie les chiffres auprès des sources officielles avant d'agir.