Krach boursier : quoi faire (et ne pas faire) pendant un marché baissier
Pourquoi ton cerveau veut fuir — et pourquoi il a tort
La psychologie comportementale a un nom pour ce que tu ressens quand ton portefeuille plonge : l'aversion aux pertes. Des recherches pionnières des économistes Daniel Kahneman et Amos Tversky ont montré que la douleur d'une perte financière est environ deux fois plus intense que le plaisir d'un gain équivalent. Autrement dit, perdre 5 000 $ fait psychologiquement deux fois plus mal que gagner 5 000 $ fait du bien.
Ce biais est gravé dans notre cerveau depuis des millénaires — fuir le danger immédiat était une stratégie de survie. Sauf que les marchés financiers ne fonctionnent pas comme une menace physique. Vendre en panique ne te sauve pas : ça cristallise la perte. Tant que tu n'as pas vendu, la baisse reste théorique (une « perte sur papier »). Dès que tu vends, la perte devient réelle et permanente — et tu rates ensuite la reprise.
| Krach | Baisse | Temps de reprise |
|---|---|---|
| Krach de 1987 (Lundi Noir) | -22 % en une seule journée | Moins de 2 ans |
| Éclatement de la bulle technologique (2000-2002) | -49 % (S&P 500) | 5 à 6 ans |
| Crise financière mondiale (2008-2009) | -57 % | Reprise complète vers 2013 |
| Krach COVID-19 (mars 2020) | -34 % en 33 jours | Moins de 6 mois |
Historiquement, chaque grand marché baissier depuis 1929 a fini par être suivi d'une reprise, mais le délai varie énormément — de moins de six mois à cinq ou six ans. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs.
Les krachs sont normaux : un regard sur l'histoire
Depuis 1929, les marchés boursiers nord-américains ont traversé de nombreux marchés baissiers majeurs (définition classique : baisse d'au moins 20 % par rapport au sommet). Voici quelques exemples historiques :
- Krach de 1987 (Lundi Noir) : -22 % en une seule journée. Reprise complète en moins de deux ans.
- Éclatement de la bulle technologique (2000-2002) : -49 % pour le S&P 500. Reprise en cinq à six ans.
- Crise financière mondiale (2008-2009) : -57 %. Reprise complète vers 2013.
- Krach COVID-19 (mars 2020) : -34 % en 33 jours. Reprise complète en moins de six mois.
Il est important de souligner que les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. Rien n'assure qu'une reprise surviendra dans un délai donné, ni même qu'elle surviendra du tout pour un titre particulier. Cependant, les grandes économies diversifiées ont historiquement toujours fini par se remettre de leurs crises. C'est l'argument central en faveur de la patience — non pas une garantie, mais un solide historique.
Rester investi et continuer ses cotisations : acheter à rabais
Pendant un marché baissier, chaque cotisation automatique à ton REER, ton CELI ou ton régime de retraite achète des parts à prix réduit. C'est le principe de la moyenne d'achat périodique : en investissant un montant fixe à intervalles réguliers (plutôt que de tenter de « timer le marché »), tu achètes automatiquement plus d'unités quand les prix sont bas et moins quand ils sont élevés.
Tenter de chronométrer le marché est notoirement difficile, même pour les professionnels. Une étude de Vanguard a montré à maintes reprises que les investisseurs qui tentent d'entrer et sortir du marché au bon moment sous-performent en moyenne ceux qui restent investis sur le long terme. Manquer seulement les dix meilleures journées boursières sur vingt ans peut amputer ton rendement de façon dramatique — et ces journées surviennent souvent dans les semaines qui suivent les pires krachs.
Le fonds d'urgence : ta première ligne de défense
La raison principale pour laquelle les gens sont forcés de vendre pendant un krach, c'est qu'ils ont besoin de cet argent pour vivre. C'est là qu'un fonds d'urgence solide (généralement trois à six mois de dépenses essentielles dans un compte épargne à intérêt élevé ou un CPG à court terme) change tout.
- Il t'évite de liquider des placements à perte pour couvrir des dépenses imprévues.
- Il te donne la sérénité psychologique pour ne pas paniquer.
- Il est séparé de tes investissements à long terme — il ne sert pas à investir davantage en bourse.
les organismes canadiens d'éducation financière recommandent de constituer ce coussin financier avant même de commencer à investir en bourse. C'est un fondement, pas un luxe.
Pencher vers : horizon long
- Rester investi est généralement la stratégie recommandée pendant un marché baissier.
- Continuer (ou même augmenter) ses cotisations régulières peut permettre d'acheter des parts à prix réduit — le principe de la moyenne d'achat périodique.
- Manquer seulement les dix meilleures journées boursières sur vingt ans peut amputer le rendement de façon dramatique, et ces journées surviennent souvent juste après les pires krachs.
- Évite de vérifier ton portefeuille tous les jours — l'observation fréquente augmente l'anxiété et la tentation de réagir impulsivement.
Pencher vers : à 5-10 ans de la retraite (ou déjà à la retraite)
- Ta situation est différente et mérite une attention particulière : c'est le risque de séquence des rendements.
- Si un krach survient juste avant ou au début de la retraite, puiser dans son portefeuille signifie vendre des parts au creux, sans avoir le temps de récupérer.
- Les conseillers financiers recommandent généralement de diversifier vers des obligations, des CPG et de l'encaisse à mesure qu'on approche de la retraite.
- Un plan de décaissement bien structuré, idéalement revu avec un conseiller inscrit, est essentiel à cette étape.
Ta stratégie face à un marché baissier dépend de ton horizon de placement, pas seulement de l'ampleur de la baisse.
Si tu approches de la retraite : le risque de séquence des rendements
Les conseils ci-dessus s'appliquent bien aux investisseurs à long terme qui ont des décennies devant eux. Si tu es à cinq à dix ans de la retraite (ou déjà à la retraite), la situation est différente et mérite une attention particulière : c'est ce qu'on appelle le risque de séquence des rendements.
Si un krach majeur survient juste avant ou au début de ta retraite, et que tu dois puiser dans tes placements pour vivre, tu vends des parts au creux — sans avoir le temps de récupérer. C'est pourquoi les conseillers financiers recommandent généralement de diversifier vers des obligations, des CPG et de l'encaisse à mesure qu'on approche de la retraite. Ces actifs sont moins volatils et peuvent servir de « réservoir » pour les retraits pendant que les actions se remettent. Un plan de décaissement bien structuré, idéalement revu avec un conseiller inscrit, est essentiel à cette étape.
Enfin, quel que soit ton stade de vie : évite de vérifier ton portefeuille tous les jours pendant un marché baissier. Les études montrent que la fréquence d'observation augmente l'anxiété et la tentation de réagir impulsivement. Fais confiance à ta stratégie, pas à tes émotions du moment.
Questions fréquentes
Dois-je vendre tout pendant un krach pour éviter de perdre plus ?
C'est rarement la bonne décision. Vendre cristallise une perte temporaire en perte permanente et tu risques de manquer la reprise. Sauf si tu as besoin de cet argent à court terme (d'où l'importance d'un fonds d'urgence séparé), rester investi est généralement la stratégie recommandée sur le long terme. Ce n'est pas un conseil financier — ta situation personnelle peut différer.
Est-ce que les marchés se sont toujours remis d'un krach ?
Historiquement, les grands marchés boursiers diversifiés (comme l'indice canadien S&P/TSX ou le S&P 500 américain) se sont remis de chaque marché baissier majeur. Cependant, les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. Certains marchés régionaux ou certains titres individuels ne se sont jamais complètement remis de certaines crises.
Devrais-je acheter plus pendant le krach pour profiter des bas prix ?
Si tu as de l'argent disponible que tu n'as pas besoin à court terme, continuer (ou même augmenter) tes cotisations régulières pendant un marché baissier peut permettre d'acheter des parts à prix réduit — c'est le principe de la moyenne d'achat périodique. Mais n'investis jamais ton fonds d'urgence ou de l'argent dont tu pourrais avoir besoin dans moins de trois à cinq ans.
Combien de temps dure un marché baissier en moyenne ?
La durée varie considérablement. Historiquement, les marchés baissiers sur le S&P 500 ont duré entre quelques semaines (krach COVID : environ un mois) et plusieurs années (bulle technologique 2000-2002 : environ deux ans et demi). Il n'existe pas de règle universelle. C'est pourquoi l'horizon de placement à long terme est crucial : plus ton horizon est long, moins la durée d'un krach particulier a d'importance sur ton résultat final.
Sources et références
- Autorités canadiennes en valeurs mobilières — information aux investisseurs
- Vanguard Canada
- Institut des fonds d'investissement du Canada (IFIC)
- Banque du Canada
Contenu éducatif ; vérifie les chiffres auprès des sources officielles avant d'agir.