Presque tous les investisseurs se posent un jour la même question : devrais-je attendre un meilleur moment pour commencer? Voici pourquoi le temps passé sur les marchés compte souvent plus que le bon moment pour y entrer, et comment se lancer même avec un petit montant.
« Quand devrais-je investir? » et « Devrais-je investir? » semblent être la même question, mais elles mènent à des comportements très différents. La première invite à attendre indéfiniment : attendre une baisse, attendre d'avoir plus d'épargne, attendre une « clarté » sur l'économie qui ne vient jamais vraiment. La seconde est plus simple et, pour la plupart des investisseurs à long terme, plus utile : une fois qu'on sait qu'on veut bâtir son patrimoine sur des années ou des décennies, la semaine exacte où l'on commence compte beaucoup moins que le simple fait d'avoir commencé.
Ce n'est pas dire que le moment n'a jamais d'importance. C'est plutôt un rappel que viser le point d'entrée parfait est une compétence différente de celle d'investir, et que même les gestionnaires professionnels ont du mal à la maîtriser de façon constante. Pour un investisseur autonome qui bâtit un portefeuille à long terme, courir après le moment parfait devient souvent une excuse pour ne rien faire.
« Faire du timing de marché », c'est essayer de prédire les mouvements à court terme : acheter juste avant une hausse et vendre juste avant une baisse. L'idée est séduisante en théorie, mais elle exige d'avoir raison deux fois — à l'achat et à la vente — de façon répétée, sur toute une vie de décisions. Très peu de gens, professionnels ou amateurs, y parviennent assez souvent pour en faire une stratégie fiable.
« Le temps investi » est une approche complètement différente. Plutôt que d'essayer de prédire le prochain mouvement, on accepte que les marchés montent et descendent de façon imprévisible à court terme, mais que rester investi permet à son argent de participer à la croissance des entreprises et des économies sur de longues périodes. La stratégie ne repose pas sur le fait d'être brillant un mois donné. Elle repose sur le fait d'être présent, de façon constante, pendant assez de mois et d'années pour que le bruit à court terme compte moins.
La conséquence pratique pour un investisseur autonome est simple : un plan raisonnable qu'on suit vraiment bat souvent un plan brillant qu'on n'arrête pas de reporter.
Les intérêts composés, c'est le processus par lequel les rendements génèrent à leur tour leurs propres rendements. En clair, la croissance s'accumule sur la croissance précédente, pas seulement sur la mise de départ. C'est pourquoi le nombre d'années où l'argent reste investi compte autant que le montant investi, sinon plus.
Qualitativement, cela signifie qu'un dollar investi plus tôt a plus de temps pour traverser cet effet boule de neige qu'un dollar investi plus tard, même si ce dernier est plus important. Cela signifie aussi que les années manquées au début sont difficiles à rattraper ensuite, puisqu'il n'existe aucune façon d'« emprunter » du temps supplémentaire. Ce n'est pas une prédiction sur les rendements futurs — personne ne peut le savoir à l'avance — c'est simplement une description de la mécanique des intérêts composés une fois l'argent investi et le temps qui fait son œuvre.
Le message n'est pas « investissez un gros montant que vous n'avez pas ». C'est que le moment raisonnable le plus proche pour commencer, même modestement, compte souvent plus qu'on le croit, justement parce que le temps est le seul ingrédient des intérêts composés qu'on ne peut pas récupérer après coup.
Attendre une baisse des marchés avant d'investir semble prudent. En pratique, cette approche se bute à plusieurs problèmes bien réels.
Rien de tout cela ne veut dire que les baisses n'ont pas d'importance ou que l'évaluation des marchés n'a aucun sens. Cela veut dire qu'utiliser « attendre une baisse » comme substitut à un véritable plan coûte généralement plus, en temps perdu, que ce que ça permet d'économiser.
Plutôt que de se demander « est-ce le bon moment pour investir », une question plus utile est « quel est mon plan, et est-ce que ce moment s'y intègre? ». Un plan peut inclure le montant qu'on peut cotiser régulièrement, les comptes qu'on utilisera (comme un CELI ou un REER), la diversification de son portefeuille et l'horizon de placement visé. Une fois ce plan en place, la journée précise où l'on commence compte beaucoup moins que le fait de commencer quelque part et de s'y tenir, autant dans les hauts que dans les bas.
C'est aussi là que la constance aide généralement plus que la précision. Cotiser régulièrement, avec des montants adaptés à son budget, retire la pression de choisir un seul « bon » moment. Cela remplace une grande décision par plusieurs petites décisions répétables, ce qui est généralement plus facile à maintenir sur plusieurs années.
Il n'est pas nécessaire d'avoir un gros montant pour commencer. Quelques pistes concrètes :
Le coût d'attendre pour investir n'est pas un chiffre unique qu'on peut pointer du doigt — c'est l'accumulation de temps perdu, d'habitudes reportées et de décisions repoussées à la recherche d'une certitude qui arrive rarement. Les marchés offriront toujours une raison d'attendre encore un peu. Les investisseurs qui profitent le plus des intérêts composés ne sont généralement pas ceux qui ont deviné le point d'entrée parfait, mais ceux qui ont commencé tôt, continué à cotiser, et laissé le temps faire le reste.
Cet article est éducatif et ne constitue pas un conseil financier, fiscal ou de placement. Tenez compte de votre situation personnelle ou consultez un professionnel qualifié avant de prendre des décisions de placement.
Il n'existe aucun moyen de savoir à l'avance si un jour précis est un bon ou un mauvais point d'entrée — c'est la nature même des mouvements de marché à court terme. Ce qui compte davantage pour un investisseur à long terme, c'est d'avoir un plan qu'on peut suivre, plutôt que d'essayer de prédire les prochaines semaines ou les prochains mois.
Commencer petit, c'est quand même commencer. Le bénéfice des intérêts composés vient du temps passé investi, pas nécessairement d'un gros montant de départ. Beaucoup d'investisseurs débutent avec des cotisations modestes et régulières, puis bâtissent à partir de là.
Cela dépend de votre situation personnelle, comme vos dettes, votre fonds d'urgence et vos objectifs. Mais attendre indéfiniment d'avoir un montant plus élevé signifie renoncer à du temps que les intérêts composés ne pourront pas rattraper plus tard, alors ça vaut la peine de peser ce compromis de façon délibérée plutôt que par défaut.
Avoir un plan clair, cotiser régulièrement et garder une vue consolidée de son portefeuille aident tous à réduire l'envie de réagir aux nouvelles à court terme. Revoir son plan périodiquement, plutôt que constamment, aide aussi à garder ses décisions ancrées dans ses objectifs à long terme.
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